mardi 11 octobre 2016

Pertes inavouées et deuils amorcés

Comment accepter de dire adieu quand on doit le dire à soi-même?
            Je n'ai jamais été une enfant comme les autres. Je suis venue au monde dans un pays où les crises politiques servent de toile de fond à ma vie et certains droits fondamentaux ont été bafoués. En dépit de cela j'ai fréquenté l'une des meilleures écoles du pays et j'ai été une élève studieuse mais maladive. En effet, lorsque j'étais au primaire jusqu'à la quatrième année, la moitié des notes de mes bulletins scolaires étaient vides car je manquais plusieurs jours d'école et certains examens. Je ne pouvais même pas imaginer le calvaire que mes parents enduraient à cause de moi, la fille ainée et ma petite soeur qui me regardait comme une étoile différente dans un ciel multicolore. Pas une fois je n'ai entendu mes parents se plaindre de ne pas profiter de leur vie ou mener à terme leurs projets à cause des dépenses faramineuses qu'engendraient mes frais de santé. Pas une seule fois ma mère ne m'a  reprochée d'avoir sacrifié une partie de son autonomie à cause de moi et mon père, malgré ses manières parfois bourrus, ne m'a jamais dit que j'étais responsable de ses absences à la maison car il devait partir travailler loin en acceptant toute sorte de contrats dans son domaine (il est ingénieur civil) afin de s'occuper de sa famille. Oui j'ai souffert physiquement et surtout mentalement car ayant frôlé la mort et combattu l'adversité toute mon enfance, j'avais une maturité développée qui me permettait de comprendre beaucoup de choses au grand dam de mes parents. Au début, cela me plongeait dans une détresse sans fin et des remises en question; par la suite j'ai accepté mon unicité et j'ai commencé à vivre au lieu de survivre. À chaque fois une autre épreuve se présentait à moi, j'avais appris à l'accepter comme de l'expérience et de la force qui me seront utiles plus tard. J'a fini par mener une vie normale jusqu'à l'âge de 26 ans...
                 Imaginez-vous: j'ai eu mon baccalauréat en sciences infirmières à 24 ans avec mention, j'ai travaillé dans le domaine de l'oncologie et des soins palliatifs, j'ai remplacé mes supérieurs immédiats avec brio, je suis devenue un très bon leader. J'ai eu un avenir tout tracé devant moi et une carrière florissante. J'ai envisagé de faire une maitrise et d'aller même chercher un permis de pratique à l'Association des infirmiers et infirmières du Canada (AIIQ) car présentement j'ai un permis provincial à l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ). C'était le plan, mon plan... Jusqu'à cette fameuse soirée de travail le 6 mars 2014: je me suis blessée au dos puis j'ai été aspirée dans une spirale infernale. Malgré 6 mois de physiothérapie et d'ergothérapie intensive, j'avais de la difficulté à reprendre le cours de ma vie. J'avais des intensités de la douleur variables et élevées qui se manifestaient à des endroits différents que mon dos. Les médecins n'ont trouvé rien à me dire de plus que mon dos s'est pété pour la vie. La douleur constante est devenue chronique, j'ai développée des migraines, des blancs de mémoire et des intolérances alimentaires pour ne citer que cela. Moi qui était insomniaque de nature, je passais mes nuits blanches le dos au mur ou à faire les cents pas car le lit était devenu mon ennemi. Petit à petit, je prenais conscience que quelque chose n'allait pas et je ne reconnaissais plus la personne que j'étais devenue. J'ai dû changer de boulot en laissant l'hôpital pour aller en santé communautaire qui m'accommodait un peu. Malgré tout, les douleurs étaient infernales, je commençais à perdre le sens du toucher, la perception de la température et la rapidité de mes réflexes. Un an plus tard, un imminent spécialiste m'a appris que je souffrais de fibromyalgie. Comme si cela ne suffisait pas, pendant que j'étais en probation dans mon nouveau travail, mon ancien employeur m'avait trainé en cours m'accusant d'avoir inventé toute mon histoire. Ma mère est tombée malade, j'ai perdu des cousins frères et j'ai mis fin à ma vie sociale.
                    Je suis devenue quelqu'un d'autre. Je ne voulais pas l'accepter les 2 premières années. Ça m'a plongé dans la dépression et la frustration. J'en ai voulu à la terre entière et à la vie. J'ai pleuré des larmes que je ne n'avais pas versées depuis de nombreuses années. Même encore aujourd'hui je vis des séquelles de cette période noire de ma vie, à la seule différence que je commence à accepter la femme que je suis devenue: raisonnable, résiliante, courageuse et plus croyante en mon Dieu. C'est ce qui m'a sauvée. Je suis encore fragilisée mais je me reconstruis peu à peu. Parce que ma vie n'a jamais été platonique, je traverse encore d'autres moments difficiles auxquels je fais face une seconde à la fois tout en respectant mes limites. 
                  Voilà mon histoire: je ne vous l'ai pas raconté pour avoir votre pitié ni votre compassion mais simplement pour vous rappeler que partout dans le monde, chaque personne porte une croix, traverse des épreuves, subit des pertes et des deuils tout en expérimentant de l'indifférence, de l'incompréhension d'autrui. Vous n'êtes pas les seuls et dites-vous qu'on de l'apparence, l'herbe verte fraiche que vous convoitez chez le voisin a déjà été, à votre insu, piétiné, arraché, coupé et remplis de crotte d'animaux. Elle a juste été entretenue par des mains bienveillante.
Alexa Madrexx

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