dimanche 25 décembre 2016

Le témoin part 3


(....) Les deux tourtereaux se marièrent en grande pompe à l’église catholique Saint-Pierre de Pétion-Ville. Les invités étaient très nombreux pour l’occasion sans compter les badauds et les curieux qui observaient depuis la place publique en face de l’église qui portait le même nom. Une rangée de luxueuses voitures bordait chaque côté de la rue, provoquant un embouteillage monstre parmi la foule de curieux combinée aux marchands ambulants qui criaient à pleins poumons des slogans vantant les bienfaits de leur marchandise.  Le couple nouvellement marié s’offrit comme voyage de noces une croisière de 8 semaines en Europe. Jean s’inquiétait à propos de santé de sa femme Lyse qui montrait chaque jour une facette nouvelle de sa personnalité : elle était devenue susceptible pouvant aller jusqu’à des colères très foudroyante que Jean excusait malgré lui les mettant sur les causes de la grossesse bien qu’elle semblait l’oublier. Elle ne ménageait pas les boissons alcoolisées prétextant que les spiritueux étaient inoffensifs. Et comme si cela ne suffisait pas, lorsqu’elle était disons très euphorique, elle courtisait ouvertement d’autres hommes en présence de son bienaimé sans se soucier un instant de la réaction de son mari. De tout façon, que pouvait-il étant donné qu’il était obnubilé par l’emprise que Lyse avait sur lui : il vivait une vie qu’il croyait qu’il ne ferait qu’en rêver. Aussi, il se plia aux ses quatre volontés comme pour payer le prix de cette existence parallèle à son ancienne vie.
              À leur  retour dans leur maison résidentielle à Morne Calvaire, madame Beaubrun Larochelle donna au nom du couple une somptueuse réception à laquelle furent convier plusieurs personnalités importantes de la classe d’affaires et politiques haïtiennes : champagnes et spiritueux coulèrent à flot, buffet à volonté et cadeaux surprises aux invités. Jean Larochelle se sentit gonfler à bloc autant que sa popularité sur la scène socioéconomique augmenta. Quant à Lyse, à son insu bien évidemment, elle laissa libre cours à ses pulsions. Elle multiplia ses liaisons auprès la gente masculine. Sa dernière conquête était le fameux Paul Monestime envers qui elle semblait avoir plus que de l’affection. Tantine, la vieille gouvernante, s’amusait de tout ce cirque qui montrait la dimension humaine à son plus bas niveau. Elle connaissait plus que quiconque la vie sécrète de la maitresse de maison et l’histoire mystérieuse de cette résidence. Son silence était bien payé : ses enfants ainsi que ses sept petits-enfants fréquentaient tous des écoles privées et avaient un avenir prometteur au frais du maitre que personne ne voyait jamais.
       Jean et Paul étaient devenus deux amis inséparables; ils travaillaient pour la même compagnie et partageaient les mêmes cercles sociaux. Aussi Paul gardait les secrets intimes de Jean sans pour autant avouer les tiens. En effet, Jean avait une maitresse qui s’appelait Cassandra Desmangles qui lui apportait l’attention, l’affection et les délices que sa dulcinée ne lui donnaient plus. Paul avait poussé l’audace plus loin en lui rappelant que les hommes d’affaires avaient tous deux femmes : une épouse respectable pour les salons de la société haïtienne et une maitresse sulfureuse en catimini. Lorsque Jean passait ses journées dehors prétextant être retenu par le boulot, Paul lui filait à Morne Calvaire...

                   Six mois plus tard, Lyse et Jean accueillirent deux nouveau-nés dans la maisonnée. Évidemment, Paul se vit offrir le privilège d’être le parrain des deux garçons et plus encore, il participait activement dans leur vie familiale. Au lieu de vivre harmonieusement, la vie de couple de Jean commençait à devenir un enfer : Lyse s’occupait à peine de ses enfants qu’une nourrice prenait sous son aile, elle avait plus de crises d’hystérie que des sourires. Au fil du temps, Paul se sépara de sa femme et supplia son fidèle ami au nom de leur amitié de l’héberger en rappel des nombreuses chambres vacantes. Il emménagea chez eux et depuis une sorte de trêve semblait régner dans la maison. Le couple et le fidèle ami s’entendirent très bien sans parler des enfants qui grandissaient à vue d’œil. Comme l’histoire était peu commune, il fut important de souligner que les deux garçons bien que jumeaux ressemblaient étrangement l’un à Jean et l’autre à...Paul, l’ami-frère et parrain. Lyse semblait être redevenue la femme douce et attentionnée auprès de Jean tandis que la nuit une fois l’autre endormi, elle partageait la couche de Paul. Elle tomba de nouveau enceinte mais se fit avorter secrètement sans attendre étant donné qu’il ne faisait aucun doute que l’enfant était le fruit de son aventure avec le meilleur ami de son mari.
             La vie commençait à devenir impossible entre eux trois. Un sot ne restait jamais dans l’ignorance indéfiniment. En effet, Jean commençait à avoir des soupçons. D’autant plus, qu’il est tombé par inadvertance sur un test de paternité ou du mois ce qui en reste : car la personne qui voulait le détruire l’a passé dans la déchiqueteuse mais il est resté coincé entre les lames de la machines. Ce fut ce hasard du destin qui le fit découvrir cette nouvelle choc : ses deux jumeaux en l’occurrence ce qu’il croyait jusqu’à présent étaient en fait deux frères issus de cellules sexuelles hétérozygote. Plus il parcourait la feuille qui tremblait entre ses doigts, il apprit que les garçon avait deux pères distinctes, lui et...Paul Monestime. Son cœur se serra et un sentiment étrange lui coupa son souffle, une violente impression de haute trahison le frappa de plein fouet. Il s’exhorta au calme pour trouver une stratégie pour coincer ces deux scélérats. Il garda donc le silence et ne fut aucune allusion à sa découverte. Un plan machiavélique commençait à se forger dans son esprit tourmenté et sa fierté masculine trahie. Prétextant un voyage d’affaires à Jacmel, une ville au Sud-Est du pays, il s’absenta quatre jours. La nuit du cinquième jour, il revint discrètement chez lui. Il était attendu au bout de sept jours par le fait même personne ne se douterait de le voir si tôt : le personnel était parti pour la fin de semaine et les occupants de la maison étaient sensés dormir dans leur chambre respective. Muni d’une lampe de poche et un couteau de chasse dans sa gaine cachée glisser dans la ceinture de son pantalon, il avança à pas feutrés vers la chambre d’invités où s’était installé Paul. Il ouvrit lentement la porte qui heureusement ne grinça pas. Il les surprit en plein d’ébats sexuels loin de se douter d’être épiés par un témoin gênant. La rage fit bourdonner ses oreilles et son orgueil masculin blessé étouffa le peu de raison qui lui restait. Arrivé tout près du lit, il sortit le couteau de son écrin qui glissa sans bruit sur le plancher puis alluma la lampe de poche qui balaya les amants d’une lumière crue presqu’indécente. Lyse avait les yeux exorbités, les traits figés et les cheveux en bataille. Paul encore sous le choc ne disait pas un mot et cachait le corps nu de Lyse. Jean, sans la moindre hésitation, s’abattit sur ce dernier et lui asséna plusieurs coups de couteau sans viser un endroit particulier. Le sang giclait sur lui, sur sa femme infidèle puis ruisselait sur les draps en désordre jusqu’au plancher. Lorsque Paul expia, Jean s’arrêta net. Lyse n’avait même pas crié, elle s’était contentée d’observer la saine avec effroi en perdant ses couleurs. De longues minutes passèrent durant lesquelles femme infidèle et mari cocu se jaugèrent d’une manière hautaine et haineuse. Elle lança enfin d’une voix dénouée d’émotions :
-Que vas-tu faire de son corps?
    Il se contenta de la fusiller du regard. Ses doigts tremblaient sur la lame souillée qui désirerait de se planter dans ce ventre plat rempli du liquide du péché. Il ne se résolut pas à la tuer; il avait déjà une mort sur sa conscience. D’un mouvement instinctif, il la gifla violemment jusqu’à la faire tomber au bas du lit. Contre toute attente, celle-ci éclata de rire, un rire guttural presqu’hystérique. Il répéta son geste, elle rit de plus belle sans pouvoir s’arrêter. Agacé, il l’agrippa par les cheveux pour la trainer dans le vestibule jusqu’à leur chambre où il la somma en jurant grossièrement de se vêtir.
       Le lendemain, après une nuit blanche, Lyse fit ses bagages sans dire un mot, prit l’un de ces garçons, plus précisément celui qui ressemblait au défunt puis quitta la maison sans un regard en arrière. Jean n’avait pas dit un mot non plus. Il savait en lui-même que ce meurtre passionnel allait changer le reste de sa vie. Des frissons nerveux le parcoururent l’échine lorsque la vérité le frappa de plein fois : sept ans exactement après avoir témoin d’un meurtre similaire, il était devenu lui-même un assassin, un être sordide comme celui qui lui avait imposé ce pacte diabolique. Après le départ de sa future ex-femme et du fils du défunt, il se rappela brusquement que la chambre d’invités regorgeait de preuves incriminantes. Il faillit faire une crise cardiaque lorsqu’il ouvrit la porte : le corps avait disparu, aucune trace de sang ni même le couteau, le lit avait été refait. La pièce était impeccable! Comme dans un rêve, il courut comme un fou et fouilla tous les recoins de la maison en vain. Il tenta de rejoindre Lyse Beaubrun sur son téléphone portable mais une voix métallique l’informa quand le numéro n’existait pas. Encore très secoué, il ne sortit plus à l’extérieur pendant une semaine. Entretemps, un phénomène étrange se produisit : son fils devint poilu, très poilu, à l’origine avec un teint pâle se noircit. Il ne parlait plus, ne se lavait plus et il ne mangeait plus. Un mois plus tard, il se transforma en cabri*. Terrassé par le remords, le doute et l’horreur, Jean devint complètement fou. Tantine ne se préoccupait pas de lui, elle continuait à s’occuper les tâches domestiques comme si rien n’avait changé. Le mois suivant, un soir de pleine lune, un homme frappa à la porte, Jean terrifié et paniqué, reconnut sans peine l’assassin qui lui avait donné la moitié de sa fortune contre son silence sept ans plus tôt.
-Le contrat est rempli, lui annonça t-il d’une voix égale. Il n’y a rien qui te retient ici.
        À ces mots glacés, tel que Cendrillon avec les douze coups de minuit, Jean se retrouva couvert de haillons comme autrefois. Il ne prit que son cabri pour quitter la maison. Il s’enfuit de Morne Calvaire et ne revint jamais...

*
           L’autre jour, je suis passée sur la place Saint-Pierre à Pétion-Ville quand je suis tombée sur un vieillard crasseux et couvert de haillons, croupi avec un bol en aluminium rouillé avec un  cabri tremblotant qui semblait aussi vieux que son maître. L’homme semblait fou car il répétait inlassablement les mêmes phrases : « ne vous fiez pas aux biens matériels... les biens acquis par des actions mauvaises... Tout est éphémère, tout se paie, tout se paie... ». Puis étrangement, le vieux cabri martelait le sol poussiéreux quatre à cinq fois comme pour approuver les dires de son maître. Folie ou pas, le vieillard avait bien raison : tout bien mal acquis n’augurait rien de bon, quand bien même il procurait de la joie ou de l’extase, ce serait éphémère.


FIN
      


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