jeudi 15 juin 2017

Forfait parental tout inclus l'intégral- extrait tome 3



Forfait parental tout inclus


Troisième partie


Les femmes oubliées


« Dans la vengeance comme dans l’amour, la femme est plus barbare que l’homme ».  Friedrich Nietzsche

XI
Dans l’antre du fauve
              Un homme d’une forte ossature se tenait devant le portail d’une somptueuse résidence de  quatre étages munie d’une terrasse située dans les hauteurs qui surplombait la ville de Pétion-Ville. Il mesurait environ un mètre quatre-vingt. Vêtu d’un t-shirt noir qui collait sur sa peau d’ébène noire foncée, les muscles des ses bras étaient sculptés et découpés au millimètre carrés tandis que ses larges mains étaient posées sur sa taille. Son visage carré était caractérisé par une profonde cicatrice le long de la joue gauche qui paraissait récente; son crâne rasé assombrissait davantage encore ses traits. Chose très étonnante, aucun muscle de son visage ne se mua à l’approche de l’homme qui venait vers lui. Seuls ses yeux le scrutaient et l’examinaient minutieusement tels un soldat expérimenté à son poste de commandement paré au combat. Sifraël Métillus ou Sif pour les habitués reconnut immédiatement Daniel Théodore. Il attendit patiemment qu’il franchît la distance de sa voiture au portail pour réagir car Sif savait que ce dernier n’était pas attendu.
       Daniel n’hésita même pas une seconde lorsqu’il descendit de sa Jeep Renegade. Il se dirigea d’un pas assuré vers l’homme qui ressemblait davantage à une immense statue en bronze qu’à un humain. Il remarqua tout de suite la crosse de l’arme de poing à sa taille et décida de jouer la carte de l’adresse et de la persuasion. Cet après-midi du mois de novembre était décisif pour lui car il savait qu’il jouait une carte extrêmement importante. Il en avait longuement discuté avec Catherine qui s’était rangée derrière sa décision. Il ne connaissait pas de quelle manière Édouard allait réagir mais il devait à tout prix prendre ce risque pour avoir une avance sur Tatiana et ses cousines. Son devoir était de protéger sa famille et de garantir leurs intérêts. Si cela devait impliquer la mise en veilleuse de son orgueil de mâle pour y arriver, il prendrait le risque. Il marcha d’un pas mesuré jusqu’à se trouver plus qu’à une dizaines de mètres de l’homme de bronze. Ironiquement, s’il faisait feu sur lui il n’y aurait même pas de témoin, pensa mentalement Daniel parce que la maison la plus rapprochée était à un demi kilomètre à pieds comme en voiture.
-Bonsoir, lança Daniel d’un ton égal. Je veux voir Devarieux. Est-il disponible?
-Qui êtes-vous? Demanda l’homme d’un ton dur en créole avec un regard froid.
-Un ami d’enfance, répondit Daniel dans la même langue sans se départir de son calme. À qui je m’adresse?
-Vous n’êtes pas attendu! Esquiva l’homme abruptement.
-Annoncez-moi et on verra, défia Daniel en se croisant les bras.
       L’homme se contenta d’extirper un téléphone cellulaire de la poche antérieure de son jean pour appeler Édouard. Dans un langage codé, il transmit l’essentiel à son employeur. L’interpelé apparut quelques minutes plus tard son torse nu humide de sueurs avec une serviette sur la nuque; il portait uniquement un long short. Il paraissait contrarié.
-Sif, j’ai cru un moment que tu m’as fait une mauvaise blague, railla Édouard. Que me vaut l’honneur de ta présence ici toi? Lança t-il à l’adresse de Daniel.
-Tu reçois les gens devant ton portail maintenant? Sourcilla Daniel d’un ton acide.
       Sif émit un grognement en faisant mine d’approcher mais Édouard l’arrêta. Daniel ne bougea pas d’un pouce. Il se contenta simplement de soutenir le regard de celui qui avait été autrefois un ami et un frère de cœur avant qu’une femme ne s’immisçât entre eux. Édouard se contenta de ricaner avant de faire les présentations.
-Je te présente mon homme de main Sifraël Métillus. Sif, Daniel un ancien condisciple de classe.
       Les deux hommes se contentèrent d’un hochement de tête chacun de leur côté. Cependant, ils restèrent encore sur la défensive.
-Rentrons, proposa Édouard. Je m’entrainais d’où ma tenue. Je prends une douche après tu vas pouvoir m’expliquer comment tu as pu me retrouver.
       Une trentaine de minutes plus tard, les deux hommes étaient confortablement installés dans une salle de séjour qui débouchait sur le jardin. Dans un autre contexte, Daniel aurait apprécié chaque détail de l’architecture de cette maison. Il était trop centré sur la tâche pour s’attarder davantage sur des banalités sans utiliser précieusement chaque minute de son temps. Effectivement, l’heure n’était pas à la courtoisie ni à la détente. On ressentait l’animosité qui crépitait entre les deux hommes. La gouvernante de la maison leur avait servi des cocktails mais Daniel n’y avait pas touché. L’enjeu était de taille.
-As-tu peur que je t’empoisonne? S’enquit Édouard avec un sourire du coin des lèvres après avoir bu quelques gorgées de son verre.
-Tu as les motifs valables pour le faire, répliqua Daniel sans broncher, mais je n’ai pas soif pour le moment.
-Ça fait un moment que nous ne sommes pas croisés. Je ne m’attendais pas à te voir cet après-midi. Comment as-tu su où j’habitais?
-Tu n’es pas le seul à avoir des ressources dans cette ville. Écoute, avança Daniel en se penchant vers lui, il faut que je te parle de quelque chose, de quelqu’un en particulier.
-D’accord, objecta Édouard en déposant son verre sur la table basse.
-Tatiana Guillaume.
-La femme que tu m’as volée il y a cinq ans? Interrogea Édouard avec un petit ricanement hautain.
-Elle m’a séduit mais je ne vais pas débattre là-dessus avec toi, corrigea Daniel sur la défensive. Elle m’a annoncé il y a deux mois  maintenant qu’elle a eu une fille de trois ans.
-Ah! Fit Édouard amusé. Et tu vas te remettre avec elle pour filer le parfait amour?
-Je suis marié à une autre femme et j’ai eu une fille avec elle, annonça Daniel sèchement. Il est possible que la fille de Tatiana soit de toi car elle a couché avec toi à quelques jours de mes noces prévues avec elle.
-Œil pour œil, dent pour dent, trancha Édouard froidement qui avait perdu son sourire. Tu avais volé la seule femme que j’aimais!
-Vous étiez séparés bordel! De toute façon, je ne savais même pas que tu comptais l’épouser au nombre de conquêtes que tu avais à ton actif! Vociféra Daniel hors de lui.
-Comment oses-tu m’accuser chez moi? Siffla Édouard en se mettant automatiquement debout. Si c’est pour cette discussion stérile que tu es venu, j’y mets un terme tout de suite! Tu connais la sortie.
-Elle m’a trahi, vous m’avez trahi! Moi aussi, j’ai souffert de cette histoire, lui apprit Daniel dépité. Alors s’il te plaît, ne viens pas jouer la victime car tu n’en es pas une. Maintenant une fillette est dans le décor et Tatiana veut me déclarer une guerre juridique sans merci. Alors, s’il y a une chance que tu sois le père de cet enfant, je veux le savoir. C’est tout ce que je te demande.
        Édouard mit du temps à répondre. Il détourna le regard puis fit pianoter ses doigts sur le dossier de son fauteuil. Il avait toujours évité de le voir, de citer son nom ou même d’envisager le reconnaitre sur une photo. Pourtant, Daniel son meilleur ami d’antan était dans sa maison entrain de le convaincre de l’aider. Quelle ironie! Édouard était devenu amer et rancunier tandis que Daniel avait refait sa vie et avait fondé une famille. Daniel avait réussi à faire ce qu’il n’avait jamais été en mesure de faire : il avait bel et bien tourné la page sur le passé.
-Ce n’est pas juste, lâcha Édouard en se retournant pour lui faire face.
-Qu’est-ce qui n’est pas juste? S’étonna Daniel.
-Ta vie est parfaitement rangée alors pourquoi je t’aiderais? Voulut s’avoir Édouard avec sarcasme.
-Je ne suis pas sûr de te suivre, dit Daniel
-Admettons que cet enfant soit le mien, qui te dit que j’ai envie de m’en charger? Suggéra Édouard.
-Je n’ai pas l’intention de te supplier, prévint Daniel en se mettant debout. Étant donné ton manque de collaboration, je ne vais pas perdre mon temps avec toi. Bonsoir!
       Daniel se dirigea résolument pour sortir de la pièce afin de retourner vers sa famille et s’éloigner d’Édouard pour de bon.  Ce dernier n’avait pas bougé ni fait aucun geste pour le retenir. À quelques mètres de distance, Daniel entendit sa voix raisonner derrière son dos :
-Ton beau-père m’avait mis  déjà mis au courant.
       Daniel se retourna sans revenir dans la pièce.
-Ça ne m’avance à rien de toute façon, répondit-il d’une voix forte.  
-J’ai du rhum et j’ai un plan, proposa Édouard d’un ton radouci.
       Daniel revint dans la salle de séjour mais resta debout face à l’interlocuteur.
-Tu as parlé à Paul, dit-il d’une voix neutre.
-Oui, admit Édouard en hochant la tête, mais je ne m’attendais  vraiment pas à te voir. Tu as un sacré culot. Ça ne me surprend pas venant de toi.
-Je me bats toujours pour ce que je veux, répliqua Daniel posément en soutenant son regard acéré, contrairement à toi.
-Je choisis mes batailles, rectifia Édouard.
-Bref! C’est quoi ton plan?
-Je veux voir Tatiana et cet enfant. Je veux évaluer la situation par moi-même.
-Ok, et après?
-Nous réclamerons tous les deux un test de paternité.
-Bien, ça me convient.
-Une chose résolue.
     Un silence régna ensuite en maitre absolu durant lequel ils se contentèrent de s’observer mutuellement. Daniel fourra sa main dans la poche de son jean pour prendre son téléphone portable. Sans un mot, il y chercha une information puis le tendit à Édouard. Celui-ci se contenta se le prendre et sourcilla lorsqu’il regarda la photo de Daniel et de Mahéva prise plusieurs semaines auparavant.
-Elle ressemble à ta grand-mère mais aussi à ma mère, remarqua Édouard d’un ton neutre sans que son visage ne démontrât aucune émotion. Une chance que le test d’ADN existe de nos jours, Tatiana t’aurait bien fait chanter longtemps.
-C’est vrai, concéda Daniel.
-Je te mets mon numéro personnel dans ton téléphone. Je te tiendrai au courant de ma visite chez elle. Une fois cette histoire tirée au clair, nous reprendrons nos vies chacun de notre côté, annonça Édouard en pianotant le clavier du téléphone.
-C’est parfait pour moi. Je ferai mes démarches de mon côté et j’attendrai de tes nouvelles. Bon, le marché est conclu, je vais prendre mon verre de rhum maintenant, sourit Daniel en se frottant les mains d’un air satisfait.
 
          Roberta était assise sur le lit dans l’obscurité pendant que son partenaire dormait à poing fermé. Elle avait passé une bonne partie de la soirée et de la nuit chez lui. Elle avait remonté une jambe sous son menton pour mieux réfléchir à la stratégie qu’elle allait élaborer. Son regard était fixe et sa respiration régulière comme si les ébats passionnés quelques heures plus tôt ne l’avaient nullement fatiguée. Elle ne se considérait pas comme une femme insatiable ou indifférente; l’homme à ses côtés avait ses atouts, possédait un charme et un charisme qu’elle jugeait agréable et il était épris d’elle. Elle ne l’aimait pas tout simplement. Elle le considérait comme un atout qu’elle devait utiliser plus tard alors que lui, il se considérait comme son partenaire de vie. Axel Duval n’était qu’un amant pour elle. Le seul homme qu’elle n’avait jamais aimé lui avait ôté le désir de partager un tel sentiment avec un autre au risque d’être à nouveau vulnérable.  Bien des femmes auraient considéré Axel comme un excellent parti : il était médecin, chirurgie orthopédiste, beau gosse, beau parleur, dévoué et n’avait pas froid aux yeux. Mais pour Roberta, il représentait le candidat idéal pour son plan. Lorsqu’elle avait compris que Tatiana n’allait pas récupérer Daniel par ses propres moyens, Roberta avait suggéré d’utiliser Mahéva comme appât. Faisant passer la petite pour sa fille, Daniel qui était reconnu pour son sens des responsabilités ne risquerait guère de renier son propre enfant. À bien y penser, sourcilla Roberta perdue dans ses pensées, elle aurait dû insister auprès de Tatiana pour garder les documents qu’elle avait pu trouver attestant la paternité de Daniel auprès de Karina Abby Théodore. Elle soupira silencieusement : sa cousine pouvait se montrer très imprévisible quand elle se laissait guider par ses sentiments. Par chance, Vanessa veillait à tout cela comme un ange gardien rempli de bon sens. De toute façon Vanessa et elle étaient sur la même longueur d’ondes, sourit Roberta en plaçant une mèche de ses cheveux derrière ses oreilles. Si jamais un imprévu se présentait, elle le gèrerait en temps et lieux.
-Tu es tellement belle quand tu souris comme ça, dit Axel d’une voix sensuelle en lui caressant le dos.
-Mon adorable fou, j’ai une mission importante à te confier. Mais d’abord, chuchota t-elle d’une voix mielleuse, tu vas me faire l’amour.

           Tatiana se dirigea d’un pas pressé vers la porte d’entrée en essayant d’attraper sa fille qui l’avait précédée.  Elle était très contrariée parce qu’elle avait horreur de recevoir des invités chez elle sans avoir été prévenu au préalable. Mahéva sautait partout depuis qu’elle était rentrée  de ses couses et s’était mise en tête d’aller ouvrir la porte à sa place. Cette petite était trop intelligente pour moi, pesta Tatiana intérieurement tout en pressant le pas sur les talons hauts qu’elle n’avait pas eu le temps de troquer pour des sandales plus confortables.
-Mahéva, reviens ici immédiatement! Scanda Tatiana sans résultat.
-On frappe maman! Lança Mahéva joyeusement en saisissant la poignée de la porte qui était déjà déverrouillée.
-Et merde! Jura Tatiana tout haut quand elle se rappela qu’elle avait omis de fermer le loquet de la porte d’entrée.
         Mahéva se redressa sur la pointe des pieds puis leva la tête pour faire face au grand inconnu qui se tenait sur le pas de la porte. Loin d’être impression ou effrayée, elle lança un bonjour joyeux à l’homme avant de se tourner vers sa mère.
-C’est qui maman?
         Tatiana ne savait pas quelle fut la puissance de la force qui l’empêcha de ne pas défaillir devant cette vision qui s’apparentait davantage à un cauchemar. Sa respiration s’accéléra, une boule d’angoisse lui bloqua carrément la gorge. Soudainement ses mains devinrent moites alors que son cœur bondissait à toute allure dans sa poitrine. Comment était-ce possible? Elle ferma les yeux puis les rouvrit. Il était toujours là. Cependant, une bouffée d’adrénaline mêlée à la peur la saisit entièrement. Elle ordonna d’un ton sans réplique à Mahéva de retourner dans sa chambre. La fillette s’exécuta sans demander des explications.
-Peu importe les raisons qui t’ont conduites chez moi, je t’exige de t’en aller immédiatement, dit Tatiana sans broncher en le fixant droit dans les yeux.
-Bonsoir Tatiana. C’est un plaisir de te revoir également, répondit Édouard avec un sourire du coin des lèvres.
       Ensuite, il rentra chez elle aisément, traversa le vestibule pour s’installer au salon. Pestant de rage, Tatiana claqua la porte et martela le plancher avec ses talons.
-Je t’ai demandé de partir, rugit-elle en se postant devant lui.
-Mon Dieu, quelle agressivité! C’est de cette manière que tu l’élèves? S’enquit-il en croisant élégamment ses jambes pour la regarder. Toujours aussi fougueuse et aussi belle!
-Qu’est-ce que tu veux? Demanda t-elle abruptement.
-Elle est très jolie. Comment tu l’as appelée déjà? Mahéva, c’est ça? Joli prénom. Je n’aurais jamais imaginé que tu voulais être mère. C’est vrai ce qu’on raconte?
-Quoi? Aboya t-elle hors d’elle.
-Que tu te lances dans une bataille juridique contre Daniel Abellard pour qu’il assume son rôle de père envers ton enfant?
        Tatiana blêmit. Elle s’étrangla et ne sut quoi répondre. Si Édouard s’ajoutait dans l’équation, tous ses plans étaient fichus. Il n’était pas Daniel : il n’était ni patient, ni intègre, ni traditionnel. Il avait agi selon ses propres règles et détestait être contrarié.
-Qu’est-ce que tu veux? Lança t-elle d’un ton acerbe.
-La même chose que toi, sourit-il.
-Je ne comprends pas, répondit-elle complètement perdue.
-Est-ce qu’il y a une possibilité que ce soit ma fille Tatiana?
-C’est... ça ne te regarde pas, balbutia t-elle en avalant sa salive.
       Édouard se leva lentement sans perdre le contact visuel avec elle puis lui encercla sa taille  de son bras gauche pour la rapprocher de lui. Malgré elle, Tatiana sentit un flot de sang afflué dans ses veines pour réchauffer le creux de ses reins. Son regard ressemblait à un chiot affolé  parce qu’elle ne comprenait plus rien. Elle n’avait pas ressentit cela quand elle avait recroisé Daniel alors qu’elle était persuadée qu’elle l’aimait encore éperdument. Fronçant les sourcils pour se donner une contenance, elle mit ses deux mains sur son torse pour le repousser mais au lieu de cela, elle s’agrippa à sa chemise tout en gémissant. Elle se maudit tout haut. Édouard rit parce qu’il savait exactement quel tumulte qui l’habitait. Son propre corps semblait l’apprécier encore. De toute façon, Tatiana avait toujours été une femme très désirable. S’il pouvait l’amadouer sur ce plan là pour l’avoir à sa merci, pourquoi pas?
-Je te pose la question encore une fois, reprit Édouard proche de ses lèvres. Cet enfant est-il le mien?
        Tatiana choisit de l’embrasser pour ne pas se condamner. Édouard eut un petit sursaut de surprise avant d’approfondir leur baiser qui devint de plus en plus passionné. D’un geste brusque, il la plaqua contre lui et elle gémit quand elle sentit le renflement de son sexe renflé contre son bassin. Elle aurait dû le repousser mais comme elle n’avait pas envie de lui fournir des réponses, elle préféra s’aventurer sur un autre terrain. Édouard se surprit à désirer le corps de Tatiana : ses mains caressèrent son visage, son dos et son ventre, ce ventre qui était resté très plat même après avoir porté une grossesse. Un enfant, une fille qui pourrait être la fille de Daniel ou la sienne. Cette pensée rationnelle le ramena au but de sa visite et lui permit de mettre fin au baiser. Tatiana paressait dessus. Il se contenta de sourire et d’enfouir les mains dans les poches de son pantalon.
-Je ne vais pas m’excuser, prévint Tatiana en rajustant son corsage sur sa jupe plissée courte.
-C’était agréable, reconnut Édouard. Mais c’est Mahéva qui m’intéresse. Où est-elle?
-Tu ne t’approcheras pas de ma fille. Elle a déjà un père, l’avertit-elle avec les yeux plissés.
-J’exigerai un test de paternité pour éclaircir tout ça. Je ne veux pas me battre contre toi sauf lors de nos ébats, tu le sais bien.
-Va te faire foutre!
-Maman, j’ai faim, dit Mahéva qui était revenue dans la pièce sans qu’aucun d’eux ne ce soit rendu compte.
-Nous allons diner ma chérie dès que ce monsieur soit parti, fit savoir Tatiana à sa fille d’une voix radoucie.
-Bonsoir Mahéva, salua Édouard d’une voix remplie de tendresse en tendant les mains à la fillette.
       Tatiana eut la surprise de sa vie pour la seconde fois cet après-midi; Mahéva n’hésita pas une seconde à aller à la rencontre d’Édouard et à s’asseoir sur ses genoux tandis que sa première rencontre avec Daniel avait été très laborieuse. La jeune femme avait l’impression que la vie lui jouait un vilain tour. Elle fut dépassée par la tendresse qu’Édouard manifestait envers l’enfant, le babillage incessant de Mahéva habituellement avare de mots en présence d’inconnus et la complicité qui s’installa rapidement entre eux. C’en était trop! Furieuse, Tatiana récupéra sa fille qui pleura et lança sans ménagement à Édouard :
-Je dois nourrir ma fille, je te demande de t’en aller s’il te plait.
-D’accord, obtempéra Édouard en se levant. Au revoir Mahéva, dit-il à la fillette en déposant un baiser sur sa joue, on se reverra. Je te contacterai Tatiana pour ma prochaine visite.
-Ne compte pas sur moi pour te donner mon numéro, railla t-elle.
-Ça ira, j’ai tout ce qu’il me faut mon cœur, sourit Édouard avant de déposer un baiser sur ses lèvres arrondies en un o de surprise. Ne m’accompagne pas mais pense à verrouiller la porte derrière moi. Il y a pleins de bandits dehors qui sillonnent les rues de nos jours.
         Tatiana ne sut pas exactement combien de temps elle resta planter au salon après son départ sans bouger avec sa fille  endormie dans ses bras. Ce fut dans cet état d’ébahissement total que Vanessa la trouva à sa rentrée du travail. Une fois mise au courant de la situation, elle alerta rapidement Roberta qui vint les rejoindre environ deux heures plus tard.
-Comment a t-il su tout ça? S’écria Roberta hors d’elle à Tatiana qui était encore tétanisée dans les bras de Vanessa.
-Lâche-la un peu, répliqua Vanessa, elle est encore sous le choc. Et je te signale que moi aussi. C’est la dernière personne à laquelle je m’attendais. Il a plus d’influence et de contacts que nous trois réunies alors nous devons faire preuve d’une extrême prudence.
-Et tu penses que je ne m’en rends pas compte? Scanda Roberta. Merde! C’est d’Édouard Devarieux qu’il s’agit! Déjà que c’était tout un défi de gérer le clan Abellard et Théodore, il fallait ça. Je veux savoir exactement tout ce qui c’est passé.
-J’ai déjà tout dit, dit Tatiana d’un ton las. Laisse-moi, j’ai mal à la tête.
-Oh non! Insista Roberta. Il s’est passé quelque chose entre vous, je le sens.
-Vas-tu me foutre la paix à la fin? Vociféra Tatiana. Édouard s’est présenté devant ma porte et réclame un test de paternité pour Mahéva. J’ai assez de problème comme ça pour t’avoir sur mon dos.
-Ok, fit Roberta avec un sourire sardonique, vous vous êtes embrassés ou pire encore vous avez couchés ensemble.
-Tu n’oserais pas, n’est-ce pas? Demanda Vanessa en desserrant son étreinte autour de sa sœur.
-Je l’ai embrassé pour ne pas répondre à sa question, voilà! Lança Tatiana vertement à Roberta. Tu es satisfaite maintenant?
-Oh mon Dieu! Tatiana mais pourquoi? Supplia Vanessa en se mettant debout. Tu connais Édouard, tu ne peux pas jouer avec lui.
-Tu vois ce que je te disais Vanessa, reprit Roberta en se croisant les bras sur sa poitrine. Dès qu’on laisse Tatiana aux commandes, on se ramasse avec un gâchis complet parce qu’elle se laisse guider par ses pulsions.
-J’en ai plus qu’assez de ton air condescendant envers moi, accusa Tatiana en se mettant debout à son tour pour faire face à Roberta. C’est de Mahéva et de moi dont il est question ici, tâche de ne pas l’oublier. Édouard est un imprévu majeur et je dois composer avec. Je ne sais pas comment mais j’improviserai.
-Tu as tord de penser que tu es la seule impliquée dans cette histoire, dit Roberta en fronçant les sourcils. Vanessa et moi avions pris de gros risques pour toi, ne gâche pas tout.
-Je sais, je sais mais je n’aime pas quand tu me mets la pression. Je te rappelle que toute cette histoire était mon idée. Ne l’oublie pas. Qu’est-ce qu’on va faire maintenant? Demanda Tatiana agacée en changeant de sujet.
-Il est grand temps que je prenne les choses en mains, annonça Roberta en quittant la pièce sans donner davantage d’explications aux deux sœurs.
À suivre...

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